
"Une façon de célébrer la beauté et la vie.
Une ode au corps humain." C'est par cette
citation que j'ai ouvert la discussion lors de ce souper
"Jeannette veut savoir" avec trois copines ayant
participé au projet One woman, one sheet, du
photographe Norm
Edwards. Le défi de cette aventure? Renouveler
constamment l'image avec comme seul rempart un drap de
teinte différente. Résultat: de belles photos
artistiques, raffinées, parfois voilées, parfois plus
explicites, jamais vulgaires ni pornographiques.
Une question s'impose
d'emblée: pourquoi?
Isabelle:
"J'ai toujours été
fascinée par la beauté des photos des magazines
féminins. Je m'y projetais et m'imaginais facilement
dans une telle démarche artistique."
Mélanie:
"On a toujours quelque
chose que l'on n'aime pas de notre corps, malgré ce
qu'en pensent les autres. J'avais besoin de me
réconcilier avec ce corps qui m'a donné un enfant."
Marie-France renchérit:
"On l'a
fait pour nous-mêmes. J'avoue toutefois que je me suis
remise en question en sortant du studio, mais quand j'ai
vu les photos, j'étais contente!"
Imperfection, quand tu nous
tiens! La première chose que les
femmes me disent, indique Norm Edwards, c'est:
"Je t'avertis, j'ai de la cellulite, les seins tombants,
j'ai eu un enfant, des vergetures aux cuisses ou au
ventre." Elles ont une fonction "descriptive"
d'elles-mêmes. Moi, je vois l'ensemble, pas les détails
(n'est-ce pas ce que nos chums nous disent?). Ce qui me
passionne: sublimer leur personnalité, leur unicité. Le
sex-appeal, il est dans l'attitude et le regard. Tout se
passe dans les yeux."
Ce travail
d'archéologue du corps, Marie-France, Mélanie et
Isabelle l'ont ressenti intimement: "Norm a le
don de faire éclore ce qu'il y a de meilleur en nous,
qu'on voit moins parce que notre oeil écorche nos petits
défauts. La première fois que l'on se voit, on se dit:
c'est moi, ça? Wow!"
Là où il y a de la gêne, il
n'y a pas de plaisir! "Bien sûr, au
début, il y a une petite gêne. Mais Norm est très
accueillant dans son approche et nous parle beaucoup
avant." Et clic, la magie opère presque à
chaque fois!
S'étaient-elles préparées à
l'avance? Toutes avouent, un peu de rouge
aux joues, avoir volontiers esquissé quelques poses
devant leur miroir. Mais c'est dans le studio de photo
que leur personnalité s'est révélée.
La photo: un révélateur de
l'âme Une série de portraits de femmes
de styles divers habite le site de Norm Edwards. Une
sorte de Benetton de l'érotisme. Mon trio de
copines affirme: "Ce n'est plus: "voyez comment je
pourrais être belle", mais "voici ce que je suis, moi."
Si les photos d'Isabelle sont empreintes d'une aura
artistique inspirée de la danse, une passion qui lui
colle à la peau, celles de Mélanie portent la marque
d'un charmant romantisme, sa nature profonde.
Marie-France, quant à elle, a opté pour l'audace et la
coquinerie, en lien avec son naturel désarmant.
D'ailleurs, les copines se sont amusées à deviner mon
style potentiel. Chut, je ne vous le dirai pas!
Comment l'entourage de ces
"belles d'Ivory" a-t-il réagi? Du côté
des amies, effet d'entraînement boeuf! Si
Mélanie et Marie-France ont partagé leur petit secret
avec leur famille ("mon père a bien accepté cette
démarche d'acceptation personnelle!"), Isabelle a fait
preuve de pudeur avec ses parents. Elle déplore
cependant le jugement et la fermeture d'esprit de
certaines personnes plus conservatrices qui ont eu vent
de son audace. "Ils voient malice et pornographie dans
une oeuvre avant tout artistique, que j'ai voulu faire
pour moi."
Après tout, l'érotisme, c'est
quand on le fait et le porno, quand on le regarde!
 MokaSofa, octobre
2001 | |
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